L’exclamation londonienne — Citizens!,
signée par le label français Kitsuné
(Two door cinema club, Is tropical…) et produite par Alex Kapranos (Franz Ferdinand), s’apprête à assaillir de sa pop percutante les
rendez-vous estivaux ; des clubs surchauffés par quelques gigotants (et
les huis clos les plus élitistes) aux festivals, annuels et renommés, tels que Rock en seine. Sorti le 28 mai 2012, Here
we are est d’ores et déjà annoncé comme une machine tubesque, destinée
à faire danser filles et garçons sous les injonctions d’une quintette très juste
et très anglaise.
Délicat, faussement naïf car
terriblement concupiscent, ce premier LP d’une formation jeune de 2011 délivre
onze titres à la fois cohérents et bigarrés. Se perçoit — dès les premiers
morceaux — la teinte géminée qui galbe l’ensemble d’impressions ensoleillées et
de pointes de grâce.
True romance ouvre la
voie, présentée en décembre dernier, par une ascension satinée, conduite sous l’égide
d’une narration grave, jusqu’à l’éclosion papillonnante du refrain — aérien.
Lui succède Reptile, second single sorti cet hiver, qui propage des effluves
plus dansantes sans perdre pour autant en émotion (voir les quelques versions
acoustiques déjà en ligne ici et là, révélant davantage de sensibilité). Caroline
répond ensuite de son titre à un classique vu-et-revu
sans jamais lasser : l’ode à l’adolescente, avec un hymne (« we stopped making sense /we never
made any sense ») transportant de caprices dignes d’un roller coaster. Intervient alors Love
you more. Soutenue par un rythme marqué, elle s’élance à la conquête de
la nuit tel un conte mystérieux enjôle les âmes crédules. Puis, Let’s
go all the way accuse la découverte d’une nouvelle strate, plus
ténébreuse, dans une urgence quasi industrielle. D’emblée, le débarcadère
fantasmé semble correspondre à l’explosive (I’m in love with your) girlfriend,
qui mêle adroitement émail, ferraille et platine pour l’exécution d’une révolte
prétentieuse et magistrale. Lentement, la tension se désamorce, happée par la
mélancolie tournoyante du titre Nobody’s Fool. Monster vient perpétuer,
avec plus d’intensité, cette sensation acidulée de détachement. En revanche, She
said met au jour une
dissidence par son espèce de rage étouffée au creux d’un leitmotiv tapageur —
les couplets assénant, par ailleurs, une complainte belle de sa profondeur. Enfin,
Know
yourself, appareillé par I wouldn’t to aux accents déjà
estompés, achève le périple ; grisant d’apesanteur, éclatant la membrane
des songes.
Somme toute, Here we are tient les promesses formulées par les premiers
singles. Sans renverser les règles établies des divers genres qui les
influencent — la pop entre tous —, les cinq musiciens réalisent un premier
album qui pourrait ressembler à
beaucoup de choses mais qui, par son harmonie endogène, innove. S’il fallait ne
citer que quelques parentés (dans un essai simpliste), il y aurait : en ce
qui concerne la voix, Bowie pour
l’éloge et Muse pour la
monumentalité de certains ponts ; en ce qui concerne (I’m in love with your) girlfriend,
Franz Ferdinand ou I
wouldn’t to, Phoenix. Il est
tout également envisageable, durant l’écoute, de penser pêle-mêle à Foster the people, The Drums, MGMT, Julian Casablancas, Radiohead,… Comme l’écrivit Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».