Concept : La photographie pour Eva E. Davier, c'est raconter des histoires. & ici, Mathieu (bassiste de Fake Oddity) nous délivre la sienne. Celle qu'il voit à travers les photos de Eva.
Texte qui peut paraître incompréhensible au premier abord mais rythmé & aux jolies sonorités. Enfin, nous ne nous étendrons point plus, à chacun de se forger sa propre opinion. Merci tout de même à Cyril (Bates Motel), Thibault (Transgunner), AudreyChoue (Tonight the band is), Ophélie (les peanuts) pour leurs avis. & bien sûr à Mathieu de s'être proposé, & d'être aussi gentil tout simplement.
Photos : © Eva E. Davier.
Texte : © Mathieu Destailleur.
Première vue, des mois au coin d’une certaine minute sous nuit. Une porte au quatre coin. Des moulures au plâtre peint. Poignet d’or, carte magnétique. Judas observe. Grince des pieds qui se posent. Un cyclope pourrait bien exister. Pour seul corps un œil. Vert bleu fait de ciment. Code password B-side.
Lèvres amèrement pâles se proposent sur le bois. La Chaleur d’en face, de derrière s’exporte. Une charmante passe au bonjour souriant frustré. La réponse à la politesse peut parfois être une faute. Oserait-elle insister. A la dent parfaitement morte, catacombe jaunâtre, elle se vide de tout air. Une flétrissure de plante herbacée, tubéreuse à feuilles caduques, plus communément appelée patate par les québécois. Elle se tourne et refrappe. Personne ne l’attend. Le judas perd patience, le cyclope est absent. Mariage d’amour prend son temps et s’embrasse. Pied griffonne le sol. Main caresse l’acide linoléique, l’alcool lourd, la glycérine.
Longtemps que je me pose cette question. Que se passe t il ? Chambre 42. Room fourtee two. Room Fourteen two. Ma première vision restait émerveillée. Accroché par la simple couleur, figé, vapeur d’éthylène d’une sans doute fin de soirée. Début de matin aux lèvres tout aussi rouge. Moins détaillée, plus chiffonnée. Pour une fois une rentrée en teinte de frustration. Où pouvait bien se trouver le trou. L’observatoire malsain, discret et voyeur de ma curiosité profonde. Seul, derrière cette porte. Tourner la tête. Convulser le corps avec l’espoir que ce trou se déforme et épouse mes envies.
Room 42. Pourquoi te maquilles-tu ? Pourquoi te déguises-tu ? La vieille est implacable. Soutient. Gratifiante peau morte et tombante par loi du tout par terre n’insiste pas. Comme tout, ses dents se sont cachées. La lumière est tombée. Minuterie morte à l’aube d’un grand jour, menacée d’extinction par manque de poussoir. Un bouton rond orangé furoncle du couloir attend ton envie.
Tu attends ? Tu désires plus particulièrement quelque chose ? Tu te prépares à jouer ? A recroqueviller ta vie. S’enfermer, fuir, refleurir. La scène s’ouvre sous tes jambes lactées. Décompresse chaque centimètre de ta poitrine confinée entre oxygène, eau, couloir et cette obscurité soulignée d’un trait. Judas ouvre son corps. Un doigt s’effile et te laisse entrer. Tu pousses ta séparation ton corps chahuté. Le liquide se cascade dans chaque centimètre de mon œsophage. Salive rougeoyante. Descends et fais moi jouir, d’un plaisir immobile. Je suis assis, pas trop de mouvement.
Chaque tapotement pour écrire ressemble au léger orgasme souffreteux. Celui qu’on ne sait pas. Inimaginable pour une grande partie. Une impression de mort fatigué. De bout atteint comme si on était le premier sur la ligne d’arrivée, de la fin en soit. Coule petite rouge et donne-nous le peu d’information que tu comprends.
Un accueil sans « bonjour, comment allez vous ? Merci je vais bien. Ma vie est une chiotte lavée chaque jour au karaoké mais je ne m’étendrai pas dessus, d’ailleurs je n’en soufflerai même pas une consigne ». Solitude d’une pièce à dormir. Aucun surplus de ménage ou d’extension de vie. La ménagerie est hérétique, une possibilité de café un matin d’octobre est impossible. Tu n’es là que pour une unique chose. Et ce trou ne me permet pas de te l’expliquer.
Vos lèvres se distinguent par leurs immobilités. Le seul soupçon que l’air est vivant parait insupportable. Rien ne distingue une respiration, les corsages immobiles s’affrontent, l’œil n’est plus qu’un rêve. Un frottement à plusieurs mètres. Tu ne vois qu’un dos. Un mouvement las et répétitif de fumée montante. Le silence est votre loi. Je suffoque et crains. A quoi jouez vous ? Chagrin des minutes molles, les secondes s’affaissent et tu te prépares. Sans un mot. Sans un souffle. Sans même une idée qui transperce. De ces lèvres mortes un éclaboussement vif survient. Une opération de chaque membre, long, épais, élancé ou bondissant. Et tu te vois, te reflètes, quelle pensée comme transcode ? Dis-moi ! Souffle-moi !
La vieille est chez elle. Personne ne l’aura salué. Elle désespère d’une nouvelle vie. Armchair sous le coude. Image infusée par intraveineuse, elle n’a même pas la télé. Une radio zozote entre les murs. Elle n’entend même plus lorsque l’homme tape à sa porte. Peut-être était-ce le meilleur lieu pour percer.
A regarder ces photos, je me dis que le plus important n’est ni l’avant ni l’après. A en croire ce que je sais, c’est toujours raté, comme la plupart des choses que l’on fait. Mais alors que regarder, qu’est ce que les gens préfèrent montrer voir percer sucer comploter ou transpirer ? Moi, je dirais ce qui se passe entre, ce pourquoi on y arrive, ce pourquoi on commence, ce pourquoi on s’en fout ou qu’on préfère chaque détail pour parfaire une fin, un début, qui nous convient mieux, qui nous rapproche des théories sur les maçons de l’étoile noire, de la signification de Like a Virgin ou des paquets de chips coincées dans les bourlets des pachydermes naissants.
Elle te suppure des draps rouges, un satin soyeux ou l’on peut facilement se consoler, s’aimer, se frotter, mourir et prendre chaque plan d’Ellroy. Tu t’allumes une cigarette, elle s’allume une clope, je m’allume ce que je peux. Tout trois vivons un moment inutile, celui qu’on passe parce que l’on ne sait pas quoi faire, parce que l’on s’ennuie, parce qu’on a peur, un peu. Tes lèvres vives allongent des cercles. J’ai beau observer leur mouvement charnu, leur éclipse charnelle, je ne repousse qu’une décharge de cendres en chute, ton adresse passe mon temps. Paquet vide. La peau laineuse se dérobe aux yeux qui piquent. Accroche. Agrafe. Transparence. Tu allaites un corps au coin désormais universel. Visible par un œil plus voyeur qu’unique.
Le jeu peut débuter. Retrouvailles. Elle te transperce de bas en haut, t’agenouille. T’enlève ce seul point de repère qu’est le plancher. Tu ne peux plus t’accrocher. Te poser sur cette loi que tout reste au sol. Tes pieds volent en éclat, mis à bas par une seule intuition. Tu es belle, enviable tu te sens quelqu’un sous ce regard avide, désireux et obscène. Elle te couche. Te soulève. Te retourne et t’observe en te dévorant. Tu te sens belle désirable et obscène. La chambre 42 t’a épousée. Couchette au gant noir elle te susurre de transpirer ta fuite. Tes besoin de femme, d’amante, de mère, d’enfant, ceci n’est qu’un jeu mais ici tu es l’existence même, celle des tiens, de chaque orteil que tu ressens comme un avant gout. Chaque regard se détourne de toi pour ne plus observer qu’une beauté magnétique, fleurissante et vivante. Elle, allume une clope pour faire passer, Moi, continue à boire une bouteille inanimée, tous deux pensons à notre mise en scène, à ne plus voir mais aimer, infiltrer chaque partie de ta liberté naissante. Tu es belle, désirable, enviable. Quelqu’un.
La vieille me vire de chez elle. Je crois que ma discrétion VS sa surdité a perdu. Sentiment affreux de défaite. A coup de canne et de caniche je me retrouve dehors plein d’ecchymoses et de frustration. Le trou n’a pas bougé, il est toujours là et je repense chaque jour au moment, lieu ou je pourrais le rouvrir. Je n’ai vu qu’une seule chose en partant. Ma condition obscène m’avait aveuglé, perverti comme un enfant. Visibilité si subtile, si charnelle, l’histoire n’était qu’implantée dans mes yeux, dans une volonté de parfaire un interdit ou parfois un désir qui nous soutient la vérité !!!!. Ma dernière vision fut tout autre, sortie du rêve de la room 42 et implanté dans chaque membre de cette chambre. Tout cela n’était rien. Rien qu’une photo.
Tu étais belle, soyeuse, désirable, obscène et femme. Mais tu posais, rendais le mensonge vraisemblable, merveilleux et dans mes rêves, j’y penserais peut être entre deux noirs.
Chaque judas sur chaque mur pour reluquer chaque vie, chaque trou dans chaque mur, chaque vie dans chaque œil, un seul pour te voir. Commençons !!!!!!!!!!





1 commentaire :
waou ... j'ai eu du mal a tout comprendre ( et je n'ai sans doute pas encore tout compris) mais j'aime beaucoup!
les photos sont sublimes et le texte à quelque chose qui le rend ... zut je sais pas comment dire ça --" bref ^^" CQFD : j'AIME !
=)
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